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Cannibales, roman de Régis Jauffret, vient à la suite de plusieurs romans que, je le sais maintenant, je ne lirai pas. Il reprend à son compte le procédé du roman épistolaire, en faisant correspondre une jeune femme, Noémie, et Jeanne, sa belle-mère, après sa rupture avec son amant Geoffrey.

Noémie est une jeune peintre de vingt-quatre ans, qui vient de rompre, sur un caprice, avec Geoffrey, architecte de trente ans son aîné. Elle écrit une première lettre (manuscrite pour, dit-elle, éviter un piratage informatique) à sa belle-mère, s'excusant de renvoyer le bellâtre à sa génitrice. La belle-mère lui répond, par une missive bien sentie, et plutôt vacharde. Ainsi débute un échange au long cours, dans lequel Noémie défend sa vision de l'amour... Enfin, quand on dit de l'amour... Elle est égocentrique et méprisante, folle de son corps, absolument persuadée que, lorsqu'elle les quitte, les hommes hantent son palier en versant de chaudes larmes. Elle énonce sans vergogne qu'elle se sert des hommes pour tout ce qu'ils peuvent lui donner et les jette, une fois usagés. Jeanne n'est pas en reste : grande bourgeoise, elle dit avoir été également une grande amoureuse, et montre bien peu d'estime et d'empathie pour son fils. Elles ont donc un point commun : elles sont toutes deux des pestes narcissiques et manipulatrices, et se sont bien trouvées (jusqu'à quel point d'ailleurs ?). Et puisqu'il n'a pas eu le bon goût de venir larmoyer toutes les nuits sur le paillasson de sa dulcinée, elles se réjouissent par avance de donner la meilleure mort à Geoffrey, et de le déguster grillé dans un méchoui mémorable. Au milieu de cela, des lettres de ce dernier passent de l'une à l'autre et laissent entendre la voix du mâle, bien faible face au duo machiavélique de ces deux femmes.

Que dire du style ? On dit volontiers que Régis Jauffret manie merveilleusement la métaphore : il déploie effectivement un style enlevé, alerte, baroque, mais est-ce tout ? Un miroir entouré de spots devient-il, par la magie de ces petites étoiles lumineuses, autre chose que la réflexion d'un ego qui se regarde ? Les sentiments sont biaisés et fluctuants, Noémie est inconséquente, entre sa consommation effrénée de mâles et son désir d'enfanter, la grand-mère est à la fois méchante et crédule, et se laisse escroquer par la jeune femme. Rien n'est vrai, tout est laid dans ce faux miroir de la nature humaine. Provocation et prétention seules ne font pas le talent littéraire, mais ce roman a du moins pour lui le mérite de ne pas laisser indifférent.

 

 

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